Psychologie d’un optimiste en bonne santé

2 mars 2013
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Des psychologues, tels Martin Seligman ou Christopher Peterson , se réclament ouvertement du mouvement de la psychologie positive, cette branche récente de la discipline, davantage fascinée par les forces intérieures et les potentiels des êtres humains que par les dérèglements de leur personnalité ou les troubles de leur comportement.

Pour les tenants de la psychologie positive, l’optimisme contribue à notre santé et à notre bien-être global de quatre façons, qu’il est d’autant plus nécessaire de connaître et de comprendre qu’elles peuvent toutes faire l’objet d’un développement, via un apprentissage approprié.


1.    L’optimisme a un impact positif sur la santé des individus en ce qu’il entretient chez eux un mode d’explication des événements de leur vie qui fait qu’ils se sentent responsables de ce qui leur arrive lorsque l’expérience est positive, mais qu’ils relativisent cette responsabilité quand l’expérience est négative. Pour le pessimiste en revanche, c’est l’inverse qui se produit : une sur-responsabilisation (voire de la culpabilité) quand l’expérience est négative, mais une absence de responsabilité quand celle-ci est positive.

L’optimisme est aussi une façon d’expliquer les causes de ce qui nous arrive, en particulier quand l’événement est négatif. C’est un style explicatif plutôt externe (le problème ne vient pas essentiellement de moi), spécifique (le souci ne porte que sur un domaine précis) et instable (il n’y a guère de raison pour que cela se reproduise).

a.    Je me suis enrhumé parce qu’hier soir (spécifique), le chauffage était trop bas chez les Martin (attribution externe) ; la prochaine fois, je ferai attention, j’apporterai un pull et je leur demanderai éventuellement de monter la température (recherche d’une solution adaptée).

Face à une situation identique, le pessimiste aura quant à lui une réaction plutôt interne, généralisée et peu tournée vers l’action :

b.    J’ai attrapé un rhume chez les Martin parce que je suis de santé fragile (explication interne et générale) ; d’ailleurs je n’ai pas osé leur dire que j’avais froid chez eux car je suis timide, et je serai d’ailleurs toujours timide (général et stable) ; j’espère qu’on trouvera un jour un médicament efficace contre le rhume (passivité, attentisme).

On voit donc que l’optimisme (contrairement au pessimisme) réduit considérablement notre sentiment d’impuissance et de résignation, en particulier face à la maladie.

L’optimiste éprouve le sentiment qu’il dispose d’un contrôle sur les événements et qu’il est acteur dans un devenir qui reste à construire, ce qui entretient chez lui un sentiment d’action. L’optimiste est sans doute aussi souvent touché par la maladie que la moyenne de la population, mais il pense qu’il peut raisonnablement influer sur son propre état. Il se sait capable – peut-être davantage que d’autres – de mettre en place une stratégie pour se soigner ou pour diminuer son stress. Face aux tendances hypocondriaques de ces « malades imaginaires » que sont souvent les grands pessimistes, les optimistes se refusent à rentrer dans la manipulation si bien décrite par le personnage du docteur Knock1 de Jules Romains, pour qui la santé n’était qu’« un état transitoire et précaire qui ne laisse présager rien de bon » !

Plusieurs travaux se sont ainsi intéressés aux liens entre le sentiment que l’on a de pouvoir influer sur le monde, la croyance que l’on peut contrôler (même partiellement) les événements et enfin l’estime que l’on se porte à soi-même. Ce sentiment de contrôle, nourri par une image positive de soi et de ses possibilités d’action (en particulier sur la maladie), contribue à maintenir actives nos défenses immunitaires. A contrario, d’autres études semblent clairement démontrer le lien entre sentiment d’impuissance, résignation et affaiblissement des défenses du corps.


2.    L’optimisme incite à prendre soi-même sa santé en main.

L’optimiste, par définition, pense sincèrement qu’« il y a toujours quelque chose à faire », même dans une situation difficile ou critique, en particulier en cas de maladie, de stress excessif ou de dépression. C’est là une différence fondamentale avec l’attitude pessimiste, selon laquelle rien ne sert d’agir. Le sentiment que toute action sera peu efficace voire inutile est à la base de la montée du sentiment d’impuissance et de l’amorçage d’un cercle vicieux aux allures de boucle perverse : inaction — aggravation — sentiment d’impuissance —> résignation —> inaction, etc.

Il apparaît donc qu’en termes de santé, le problème majeur posé par le pessimisme – psychologiquement parlant – c’est le risque de passivité extrême qu’il engendre, passivité pouvant s’exprimer, selon les circonstances, sous des formes diverses : déni, négligence ou indifférence face au traitement à suivre, voire fatalisme, etc.

Déjà dans les années quarante, d’après une étude réalisée à Harvard, les individus pessimistes se déclaraient davantage sujets aux maladies. Rien d’étonnant à cela, vu ce que nous savons aujourd’hui. Mais lorsqu’était évoquée la possibilité pour eux de reprendre leur santé en main, par exemple en arrêtant de fumer, ils se déclarèrent majoritairement moins enclins à cesser leur consommation de tabac, certains parce qu’ils ne croyaient pas pouvoir y arriver, d’autres parce qu’ils ne pensaient pas que cela puisse avoir un impact significatif sur leur état physique général !

C’est aussi cet état d’esprit propice à la prise en charge de soi-même qui fait que les optimistes suivent plus volontiers les traitements médicaux qui leur sont prescrits. Même malades, ils pratiquent plus souvent que les autres patients une activité physique, tout en s’efforçant d’avoir une hygiène de vie plus saine. C’est ce même état d’esprit orienté vers l’action autonome et la croyance en la possible prise en charge de leur destin qui les pousse à persévérer plutôt qu’à se décourager en cas d’échec d’un premier traitement par exemple, ou à rechercher en permanence de nouvelles approches thérapeutiques pour leur pathologie, en particulier s’ils ont le sentiment que leur médecin traitant ou leur spécialiste ne les suit pas au mieux des possibilités thérapeutiques existantes.


3.    L’optimisme est un « réducteur d’impact » face aux épreuves de la vie.

L’optimiste s’entraîne en permanence, souvent sans le savoir, à cultiver des réactions positives d’adaptation dans toutes les circonstances de sa vie, en particulier celles touchant à la santé et à ses vicissitudes. Les spécialistes parlent ici de la mise en place de stratégies de coping. Ce terme d’origine anglaise, qui signifie littéralement « s’en sortir », « tenir le coup », désigne l’ensemble des façons dont un individu va s’ajuster face à une situation difficile. Les recherches en la matière ont montré que les individus les plus optimistes se caractérisent par leur combativité et élaborent de ce fait davantage de stratégies de « coping actif », c’est-à-dire centrées sur le problème rencontré (recherche d’informations, plan d’action, affrontement direct de la situation, créativité, etc.). Les individus les plus pessimistes, en revanche sont plus enclins à pratiquer une sorte de « coping passif » plutôt centré sur leurs émotions (minimisation de la menace, réévaluation positive, auto-accusation, évitement, recherche de soutien émotionnel chez des tiers, etc.).
Deux chercheurs français, Isabelle Paulhan et Marc Bourgeois, ont étudié les réactions de nombreux patients à la veille d’interventions chirurgicales. Les sujets optimistes, qui utilisent des stratégies de coping actives (recherche d’informations sur le déroulement de l’opération et sur ses conséquences, participation active au traitement préopératoire) sont nettement moins anxieux et surtout présentent moins de complications postopératoires que les pessimistes utilisant des stratégies passives (attitude résignée, fatalisme, inhibition).

Un solide optimisme face à la maladie est donc lié à un sentiment de contrôle élevé sur ce qui va se passer et à un coping actif face aux événements rencontrés. L’individu optimiste est donc globalement plus apte :

-    à réduire l’impact négatif sur sa santé des difficultés de toute nature rencontrées au fil de son existence (changements, ruptures, conflits, deuils, etc.) ;

-    à affronter positivement la maladie ou la déprime lorsqu’elles apparaissent.

Certes, pessimistes et optimistes sont tous confrontés à leur lot commun d’épreuves et de changements. Mais les premiers y réagissent souvent passivement, là où les seconds s’attachent naturellement à rebondir, à lutter, à chercher en toutes circonstances des voies alternatives.


4.    Les optimistes protègent leur santé via leurs contacts sociaux.

Enfin, la dernière raison qui fait que l’optimisme peut être globalement considéré comme un vecteur de bonne santé et de longévité, c’est que les optimistes sont, de par la façon dont ils vivent avec les autres, davantage entourés et soutenus que les pessimistes par celles et ceux qui gravitent autour d’eux.

Disposer d’un large réseau de contacts sociaux est depuis déjà longtemps considéré comme une protection efficace, en particulier contre le stress et le vieillissement.
« Après 60 ans, nous confirme le Dr Michel Lejoyeux, les facteurs protégeant de l’hypertension artérielle sont l’optimisme, la curiosité et l’ouverture aux autres. »

Les liens entre amour, amitié et santé sont désormais acquis et continuent de faire l’objet de nombreuses recherches.

Rien d’étonnant si l’on admet que l’optimiste – de par son attractivité naturelle – sera toujours moins sujet que les pessimistes à l’isolement social et à son cortège de déprimes en tous genres.

Extrait de l’Eloge de l’optimisme : Quand les enthousiastes font bouger le monde, de Philippe Gabilliet

 

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"La théorie, c’est quand on sait tout et que rien ne fonctionne.
La pratique, c’est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi."

Albert Einstein

"C'est notre inquiétude, c'est notre impatience qui gâtent tout ; et presque tous les hommes meurent de leurs remèdes et non pas de leurs maladies"

Molière

"L'homme ne meurt pas...
Il se tue !"

Lavoisier

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