Comment les abeilles ont-elles fait pour se rendre irremplaçables ?

16 décembre 2012
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« La manière dont l’humanité gère ses actifs naturels, notamment ceux qui touchent aux populations de pollinisateurs, définira en partie notre avenir collectif au cours du 21éme siècle. Le fait est que sur les 100 espèces végétales qui fournissent 90 % de la production alimentaire dans le monde, plus de 70 sont pollinisées par les abeilles. Au 21éme siècle, les êtres humains ont fabriqué l’illusion qu’ils pouvaient être indépendants de la nature grâce aux prouesses de la technologie. Le cas des abeilles nous rappelle à la réalité avec près de sept milliards de personnes sur terre, nous sommes au contraire beaucoup plus dépendant des services que nous offre la nature« . Achim Steiner, Secrétaire général adjoint de l’ONU et Directeur exécutif du PNUE

Comment les abeilles ont-elle pu acquérir une importance telle dans la biodiversité que leur disparition ferait craindre aux scientifiques un véritable cataclysme silencieux : la remise en question de toute la chaîne alimentaire telle que nous la connaissons aujourd’hui ?

Il faut se pencher un peu sur l’histoire de l’évolution, et sur les caractères tout à fait exceptionnels que les abeilles ont acquis au cours de leur histoire conjointe avec les plantes à fleurs pour le comprendre.

Une longue histoire d’amour entre les abeilles et les plantes

C’est l’une des plus belles réussites de l’évolution.

Les plantes à fleurs et les insectes sont sortis tous les deux vainqueurs dans leur catégorie respective : celle des végétaux et celles des animaux.

Les plantes à fleurs d’abord :

Apparues en dernier dans l’évolution du monde végétal, il y a environ 130 millions d’années ( – à comparer avec l’apparition des premières plantes terrestres il y a plus de 500 millions d’années ! ). Elles représentent aujourd’hui un peu plus des 2/3 des espèces végétales, avec 250 à 300 000 espèces sur toute la surface de la terre.

La vie sexuelle des fleurs, confiée dans un premier temps exclusivement au vent, chargé de propulser d’énormes masses de pollen dans l’atmosphère, dans un voyage risqué et la plupart du temps infructueux, s’avéra être une aventure au bout du compte assez peu profitable.

Un progrès sensible fut enregistré quand les insectes découvrirent que le pollen était pour eux une source de nourriture et dévorèrent purement et simplement les capsules des étamines renfermant le pollen.

Lors de la consommation en série des étamines de fleurs avoisinantes, avait lieu malgré tout, un transport en quantité suffisante de ce pollen sur les réceptacles féminins des autres fleurs. Et la reproduction était assurée bon an, mal an.

Certains insectes comme les scarabées du rosier se comportent de nos jours encore de manière aussi brutale avec les fleurs.

Un comportement délicat avec les fleurs, caractérisé par un transport de fleur en fleur de grains de pollen très mobiles est l’idéal du point de vue des fleurs.

Et parmi les insectes phytophages, ce sont les papillons qui se sont engagés les premiers dans ce genre de relation de couple si particulière avec les fleurs. Une relation cimentée par de petits arrangements réciproques. Les scientifiques appellent cela la co-évolution : les insectes et les fleurs évoluant ensemble, s’adaptant l’un à l’autre au cours d’une longue histoire commune. La trompe des papillons et les nectaires au fond des fleurs tubulaires témoignent de ce parcours en commun.

Mais c’est chez les abeilles que les fleurs ont trouvé des partenaires hors pairs. Elles ont effectué avec elles, au cour d’une longue co-évolution, un tel jeu de va-et-vient qu’elles se sont rapprochées autant que faire se peut du comportement d’un couple idéal.

Les abeilles et les bourdons se sont développés à partir d’un véritable contrat mutuel tacite : « du pollen et du nectar pour ma descendance et, en retour, je transporte involontairement le pollen sur d’autres fleurs ». Cela dure depuis 100 millions d’années environ : on assiste, là aussi, à une histoire évolutive commune. Elle concerne la position des nectaires, la morphologie des fleurs et les pièces buccales des insectes.

La pollinisation par les insectes est à l’origine d’une très grande part de la biodiversité observée de nos jours. La réussite extraordinaire des plantes à fleurs a fait exploser la diversité des espèces d’insecte qui se nourrissent de plantes. Et ce sont les abeilles, et la grande famille des hyménoptères dont elles font parties, qui en ont le plus profité.

Voilà pourquoi aujourd’hui, si ces insectes pollinisateurs disparaissaient, 80% des espèces de plantes à fleurs, et 84% des espèces cultivées disparaîtraient avec elles.

Les abeilles, championnes incontestées de la pollinisation

Les abeilles ne sont pas les seuls insectes à polliniser les fleurs : les mouches, les papillons, les scarabées, et un tas d’autres insectes volants apparentés aux abeilles, comme les guêpes, les bourdons, et même les fourmis, peuvent jouer le rôle de pollinisateur.

Mais aucun autre insecte n’est aussi actif et efficace que les abeilles qui fabriquent du miel – celles que les scientifiques appellent « Apis mellifera ».

En fait dans ce domaine, aucun autre insecte ne lui arrive à la cheville.

Sur la planète, environ 80% des plantes à fleurs sont pollinisées par les insectes, et parmi celles-ci, environ 85% sont politisées par les abeilles. Pour les arbres fruitiers, ce sont même 90% des espèces qui sont visitées et pollinisées par les abeilles.

On estime que les abeilles sont capables de butiner 170 000 espèces de plantes à fleurs différentes – un record planétaire ! Et près de 40 000 espèces de plantes à fleurs dépendraient directement des abeilles et se porteraient mal sans leur visite annuelle.

Et tenez-vous bien : cet océan de fleurs n’est butiné que par neuf espèces d’abeilles mellifères seulement. Une seule espèce pollinise toute l’Afrique ; une seule autre espèce pollinise toute l’Europe. Vous vous rendez compte : une seule espèce qui s’est adaptée à tous les climats et tous les milieux européens, et qui joue aujourd’hui un rôle irremplaçable pour la plupart de nos fleurs, de nos fruits et légumes, de nos grandes cultures, de nos haies, de nos arbres et de nos forêts… !

Ce genre de monopole, développé à une telle échelle, est rarissime dans l’histoire de l’évolution.

Cette disproportion énorme entre les plantes clientes et les prestataires de service en pollinisation nous incite à penser que les abeilles, et leur forme de vie communautaire si particulière, sont tellement performantes qu’elles ne laissent à leurs concurrents que peu d’espace vital pour coexister…

Il est vrai qu’avec l’ardeur à travailler qu’elle déploie, une colonie d’abeilles a de quoi faire trembler tous les concurrents :

En un jour, une seule colonie d’abeilles peut visiter plusieurs millions de fleurs. C’est incroyable mais vrai : au mieux de sa forme, une abeille peut visiter jusqu’à 3 000 fleurs par jour, et une belle colonie d’abeilles peut abriter de 30 à 40 000 individus. Faites le calcul : même en admettant que seulement 2 000 abeilles iront butiner dans la journée,

Les abeilles se transmettent les coordonnées de tous les nouveaux emplacements fleuris. C’est ce qui leur permet de visiter à peu près toutes les fleurs dès qu’elles éclosent. Pratiquement, aucune fleur n’échappe à leur vigilance. Et comme les abeilles tirent parti de tous les types de fleurs, toutes les fleurs ont les mêmes chances d’être recherchées par les abeilles.

Résultat : la quantité de fleurs butinées, la mobilisation rapide du nombre adapté de butineuses à l’intérieur de la colonie, l’énorme capacité d’adaptation de chaque ouvrière et de toute la colonie à la « situation florale » rencontrée dans les champs, font des abeilles le partenaire idéal des plantes à fleurs.

Pourra-t-on suppléer par la technique l’absence des abeilles ?

Les scientifiques ont beau chercher, il n’existe aucune alternative pour remplacer le travail colossal que les abeilles accomplissent chaque année.

On peut politiser les cultures par des espèces d’élevage, comme on le fait déjà avec des bourdons pour les tomates sous serre. Mais ça ne marche pas en plein champs. Et les bourdons connaissent par ailleurs les mêmes difficultés que les abeilles dont ils sont très proches.

On peut politiser les cultures à la main, comme on le fait déjà pour de petites cultures comme la vanille pas exemple. Mais c’est une technique qui coûte beaucoup trop cher pour être étendue à de grandes cultures, et qui placerait les salades, les pommes de terre et les tomates au même niveau que le caviar.

On peut augmenter techniquement la pollinisation par le vent. Plusieurs entreprises ont déjà essayées à travers le monde, avec des hélicoptères, ou avec des machines secouant les plantes… Mais aucune méthode n’a jamais donné jusqu’ici de résultats valables. (Rappelez-vous : 70 à 80 millions d’années d’évolution commune entre les fleurs et les abeilles pour arriver à ce système de pollinisation ultra sophistiqué dont tout le monde peut profiter gratuitement aujourd’hui !)

Certaines cultures peuvent produire des fruits sans fécondation, soit de façon spontanée – c’est le cas de la banane par exemple – soit grâce à la pulvérisation d’hormones spécifiques. Mais ces techniques sont loin d’être applicables à toutes les espèces, et les conséquences sur la qualité gustative des fruits sont parfois catastrophiques.

On parle aujourd’hui d’essayer de fabriquer des drones d’abeilles qui pourraient rendre les mêmes services que nos chères butineuses. Si on y arrivait, ce serait certainement un juteux business, tant les besoins semblent illimités.

Car les abeilles ne servent pas uniquement à assurer nos besoins alimentaires. Elles pollinisent également les fleurs sauvages, les buissons et les haies, les arbres et les forêts et contribuent de cette manière à la survie de centaines de milliers d’espèces végétales. Sans parler des animaux, insectes, oiseaux et mammifères, qui en dépendent directement.

Lire l’article sur le site de Pollinis

Vous pouvez aider à la préservation des abeilles !

 

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